Une culture utile et accessible ?


Si vous n’allez jamais au Centre des Arts, jusqu’au 20 décembre 2020, vous pouvez gratuitement aller voir l’exposition « La nature reconfigurée » de Nicky Assmann et Jan Robert Leegte financée par l’Etat Hollandais et par une sombre fondation batave (Voir PV du Conseil Municipal du 8 octobre).

Avec un tel titre et un de ses artistes qui parlait de l’anthropocène, on pourrait s’attendre à tomber sur une critique écologique. En vérité on ne sait pas sur quoi on tombe.

Cette exposition commence par deux courtes interviews des artistes qui abordent leur relation à la nature et à l’art. La première œuvre est composée de grands panneaux triangulaires colorés. Le rendu est très esthétique et le jeu des reflets est agréable à regarder. De la même manière une série de très belles photographies de paysage défile sur des écrans. Si elles vous évoquent des fonds d’écrans Windows c’est bien parce qu’il s’agit de fonds d’écrans trouvés sur internet. Une sorte de télescope projetant une image colorée et une machine faisant des reflets d’eau et de savon demande au visiteur d’interagir avec l’œuvre. La créatrice de ces deux œuvres s’intéresse aux phénomènes optiques de la nature et elle arrive à bien nous intriguer sur ces phénomènes. Il s’agit donc là d’une réussite. Néanmoins, les autres œuvres sont bien plus compliquées à interpréter. Une image de paysage est comprimée en pixel, des scènes de tempête en images de synthèse sont projetées sur des écrans et des images de Google Maps sont imprimées sur un cube. Le tout sur une ambiance sonore assez angoissante. Pour toutes ces œuvres aucune clé d’interprétation n’est donnée dans l’expo. Il n’y a pas de textes imprimés sur les murs qui pourraient nous aider à comprendre ce que l’on voit et même les petites pancartes indiquant le nom des œuvres sont parfois dur à trouver.

Exposer un art complexe, abstrait et qui utilise des supports peu familiers auprès du grand public n’est pas un problème. Le problème c’est quand la scénographie ne nous aide pas du tout à saisir ce que l’on voit. Les quelques précisions disponibles sur la démarche des artistes sont écrites dans un petit dépliant qui lui-même n’est pas très clair. La scénographie essaye d’avoir une approche immersive mais pour le visiteur qui n’y connait rien en art numérique cette expo est surtout confuse et obscure. Sans avoir un cours d’art, il aurait été sympa d’avoir quelques petits panneaux afin de ne pas sentir inculte face aux photographies et aux installations. Cette exposition est probablement bien plus riche et intéressante que ce que j’en ai pu en saisir, mais elle est malheureusement impénétrable.
Outre la scénographie, nous pouvons émettre une deuxième critique : le choix des artistes. La seule chose écrite noir sur blanc sur un mur est le soutien de l’ambassade des Pays-Bas aux artistes. Ces deux artistes ont déjà exposé dans plusieurs villes européennes.

Le CDA affiche ses ambitions d’art à l’envergure internationale comme une qualité.

Est-ce la place d’une ville de 11 500 habitants d’offrir de la visibilité à des artistes européens déjà reconnus aux frais de l’Etat Hollandais ?

Ne serait-il pas mieux d’aider les jeunes artistes de la région qui n’arrivent à trouver des lieux d’exposition ?

L’équipement et le budget du Centre des Arts (TENU SECRET DEPUIS DES ANNEES, estimé à 2 ou 3 millions d’euros par an) pourraient nous permettre de faire bien mieux. Bien mieux pour le public qui comprendrait enfin ce qu’il regarde et bien mieux pour des jeunes artistes prometteurs qu’on pourrait un peu aider à sortir de la galère et de la précarité.


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